20-26 Janvier 2025
Détention et arrestation arbitraires
Tout au long de la semaine, les procureurs ont ordonné la détention d’au moins 76 personnes pour des liens présumés avec le mouvement Gülen. En octobre 2020, un groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire (GTDA) a déclaré que l’emprisonnement généralisée ou systématique des personnes ayant des liens présumés avec le groupe peut constituer des crimes contre l’humanité. Solidarité with OTHERS a compilé une base de données détaillée pour suivre les détentions de masse liées à Gülen depuis un coup d’État manqué en juillet 2016.
24 Janvier: Les autorités turques ont arrêté 71 personnes dans 23 provinces pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, notamment des accusations de publications sur les réseaux sociaux et d’utilisation de ByLock, a annoncé le ministre de l’Intérieur Ali Yerlikaya, malgré une décision de la CEDH stipulant que l’utilisation de ByLock n’est pas une infraction pénale.
24 Janvier: Douze ans après les manifestations du parc Gezi, la manager de célébrités Ayşe Barım a été arrêtée à Istanbul pour avoir prétendument tenté de renverser le gouvernement, et les acteurs de renom Halit Ergenç, Dolunay Soysert, Mehmet Günsür et Rıza Kocaoğlu ont été convoqués pour témoigner dans le cadre de l’enquête.
Privation arbitraire de la vie
23 Janvier: La négligence a contribué à la mort de 78 personnes dans un incendie à l’hôtel Grand Kartal, dans la station de ski de Kartalkaya en Turquie. Les experts ont notamment pointé du doigt des alarmes incendie non fonctionnelles, des issues de secours insuffisantes et un revêtement en bois qui a alimenté l’incendie.
20 Janvier: Hüsamettin Karadeniz, un imam retraité atteint d’un lymphome avancé, est décédé à la prison de Kırşehir après que les autorités turques ont refusé à plusieurs reprises ses demandes de libération pour raisons médicales ; emprisonné depuis 2021 pour des liens présumés avec le mouvement Gülen, ses demandes de traitement ont également été rejetées par l’hôpital d’oncologie de l’université d’Ankara.
Disparitions forcées
Aucune nouvelle n’a filtré concernant Yusuf Bilge Tunç, un ancien employé du secteur public licencié par décret-loi durant l’état d’urgence de 2016-2018 et porté disparu depuis le 6 août 2019, dans ce qui semble être l’un des derniers cas d’une série de disparitions forcées présumées de critiques du gouvernement depuis 2016.
Liberté de réunion et d'association
22 Janvier: La police a arrêté 38 personnes, dont le coprésident de l’ESP, Murat Çepni, et le président de Limter-İş, Kanber Saygılı, lors d’une manifestation à Kadıköy, à Istanbul, contre la détention de 41 journalistes et membres d’associations de groupes de gauche.
25 Janvier: La police a utilisé la force physique pour arrêter 34 personnes sur la place Ulus à Ankara, qui faisaient la promotion d’une conférence du mouvement Furkan prévue le 26 janvier 2025.
Liberté d'expression et des médias
21 Janvier: Au total, 37 personnes, dont des politiciens pro-kurdes et de gauche, des journalistes et des militants, ont été arrêtées lors d’une opération antiterroriste menée à Istanbul et ciblant des liens présumés avec le Parti communiste marxiste-léniniste (MLKP).
23 Janvier: Un tribunal turc a condamné les journalistes Yakup Çetin, Ahmet Memiş, Cemal Azmi Kalyoncu, Gökçe Fırat Çulhaoğlu, Ünal Tanık et Yetkin Yıldız à la prison pour des accusations liées au terrorisme liées au mouvement Gülen lors d’un nouveau procès, malgré une décision antérieure de la Cour suprême selon laquelle les preuves étaient insuffisantes, a rapporté l’Association des médias et des études de droit (MLSA).
Indépendance judiciaire et état de droit
20 Janvier: Le maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, fait l’objet d’une enquête pour avoir prétendument pris pour cible le procureur général Akın Gürlek avec des remarques faites lundi, suite à la détention du chef des branches jeunesse du CHP, Cem Aydın, dans le cadre des enquêtes en cours sur des personnalités de l’opposition et des municipalités membres du CHP.
21 Janvier: Ümit Özdağ, chef du parti d’extrême droite turc Victoire, a été arrêté pour « incitation à la haine et à l’inimitié au sein du public », une mesure que les critiques considèrent comme une tentative arbitraire du gouvernement du président Erdoğan pour cibler les partis d’opposition et faire taire les voix dissidentes.
21 Janvier: Mertcan Üreten, membre du conseil municipal CHP du district de Yunusemre à Manisa, a été arrêté pour avoir partagé sur les réseaux sociaux les propos du maire d’Istanbul, Ekrem İmamoğlu, concernant le procureur général d’Istanbul.
22 Janvier: Fırat Epözdemir, membre du conseil d’administration de l’Association du barreau d’Istanbul, a été arrêté à l’aéroport d’Istanbul le 23 janvier 2025, sous l’accusation d’« appartenance à une organisation terroriste », avec des perquisitions menées à son domicile et à son bureau, où son ordinateur et certains documents ont été confisqués.
Minorité kurde
23 Janvier: Le réalisateur kurde Kazım Öz a été brièvement détenu à Istanbul suite à des allégations de « propagande terroriste » dans son film « Zer » sorti en 2017 et a été libéré après un interrogatoire, une audience étant prévue pour le 13 mars.
23 Janvier: Ahmet Kaya, un détenu kurde qui aurait été agressé par des gardiens en 2023 à la prison de haute sécurité de Van, est dans un état critique en raison de blessures non traitées, notamment des difficultés respiratoires, une dégénérescence osseuse et une maladie des gencives.
Autres minorités
21 Janvier: La montée du nationalisme en Turquie exacerbe les difficultés rencontrées par la minorité chrétienne, qui est confrontée à la discrimination sociale, aux pressions institutionnelles et aux attaques ciblées. La Turquie figure d’ailleurs parmi les 50 pays où les chrétiens sont le plus persécutés, selon la Liste de surveillance mondiale 2025 de Portes Ouvertes.
Réfugiés et migrants
20 Janvier: Le rappeur iranien Amir Hossein Maghsoudloo, connu sous le nom de Tataloo, a été condamné à mort pour blasphème après avoir été expulsé de Turquie fin 2023.
Torture et mauvais traitements
21 Janvier: La famille de Dilek Dağlı, détenue de 57 ans actuellement incarcérée dans une prison turque, a demandé sa libération en raison de l’aggravation de son état de santé, notamment des problèmes hépatiques, une compression nerveuse, une hypertension artérielle, une perte auditive et des lésions du ménisque, qui l’empêchent d’accomplir les tâches les plus élémentaires.
22 Janvier: Furkan Özen, âgé de vingt ans, a accusé la police turque de brutalité après avoir été percuté par un véhicule blindé lors de manifestations dans le quartier d’Akdeniz à Mersin. Il affirme que les policiers l’ont frappé intentionnellement, l’ont agressé au sol et ont continué à le battre à l’intérieur d’un véhicule de police avant de lui refuser des soins médicaux.
Répression transnationale
21 Janvier: Orhan İnandı, un éducateur turc enlevé au Kirghizistan par les services de renseignement turcs en 2021, a déclaré au député d’opposition et défenseur des droits de l’homme Ömer Faruk Gergerlioğlu qu’il avait été torturé en détention, privé d’opération pendant 16 mois après une fracture du bras et soumis à de graves mauvais traitements.