Dimanche, un juge pénal de paix d’Istanbul a placé Nevin Tekin et Nehir Dizdar en détention provisoire pour une banderole accrochée au lycée de Kadıköy avant une visite du ministre de l’Éducation. On pouvait y lire : « S’il n’y a pas d’avenir pour nous, il n’y aura pas de tranquillité pour vous. Yusuf Tekin, démission. » Le juge a retenu, parmi les éléments de preuve concrets de leur culpabilité, leur absence de remords.
Lundi, Sözcü a publié un article sur l’affaire sous le titre : « Deux lycéennes arrêtées pour avoir protesté contre le ministre Tekin ». Les deux jeunes femmes sont étudiantes à l’université : Nevin Tekin à l’université d’Istanbul, Nehir Dizdar à l’université Galatasaray. Plusieurs autres médias ont commis la même erreur dans leurs titres ce jour-là, certains en citant l’agence de presse ANKA.
Cette nuit-là, la police s’est rendue aux domiciles d’Ercüment İşleyen, rédacteur en chef du site de Sözcü, et de Tuğba Nur Çelik, sa directrice de la rédaction juridiquement responsable. Tous deux ont été conduits, après un examen médical, au siège de la police d’Istanbul, avenue Vatan, puis interrogés et libérés. İşleyen a été relâché vers trois heures du matin. Aucune explication officielle n’a été donnée sur le moment, et le parquet n’en a fourni aucune depuis. L’article a été retiré.
L’infraction invoquée, selon les informations publiées, est celle de diffusion publique d’informations trompeuses, prévue à l’article 217/A du Code pénal turc et introduite en 2022 par la loi sur la désinformation. Elle est passible d’un à trois ans d’emprisonnement. Pour être constituée, l’information doit être fausse, concerner la sécurité nationale, l’ordre public ou la santé publique, être diffusée dans l’intention spécifique de susciter la peur, la panique ou l’inquiétude dans la population, et être susceptible de troubler la paix publique.
L’information en question portait sur l’établissement fréquenté par une jeune femme de 19 ans.
« On ne peut pas fabriquer une infraction à partir d’une erreur journalistique, ni faire d’un journaliste un criminel », a écrit Mahmut Tanal, député du CHP et avocat. Il a qualifié ces interpellations d’attaque ouverte contre la liberté de la presse et souligné que l’erreur était dépourvue de l’intention exigée par la disposition. Mehmet Ruşen Gültekin, ancien procureur près la Cour de cassation, a déclaré à Yeniçağ qu’une erreur journalistique ne pouvait, à elle seule, constituer cette infraction. Il a demandé pourquoi les deux responsables avaient été interpellés plutôt que convoqués pour être entendus.
La journaliste Seyhan Avşar a soulevé le point essentiel. « L’absurdité devrait avoir des limites, a-t-elle écrit. Si un article comporte une erreur et qu’il fallait écrire “étudiante à l’université” plutôt que “lycéenne”, on corrige. On publie un droit de réponse. Le journalisme dispose de mécanismes établis pour cela. »
Ces mécanismes existent en droit turc. La loi sur la presse prévoit un droit de rectification et de réponse, dont un juge peut ordonner la mise en œuvre, pour toute personne citée dans un article qui en conteste l’exactitude. Rien n’indique que cette voie ait été tentée.
« Mais si la réponse consiste à venir chercher des journalistes chez eux à minuit, a poursuivi Avşar, alors il n’est plus question d’une erreur journalistique : il s’agit de fixer les limites du journalisme au moyen d’enquêtes pénales. Des interpellations aussi faciles, une méthode aussi lourde, ne devraient pas être banalisées. »
Deux constats ressortent de cet enchaînement, et tous deux relèvent de faits vérifiables plutôt que d’opinions.
Le premier est la sélectivité. La même formulation est apparue dans d’autres médias le même jour. Deux responsables de la rédaction d’un seul journal ont été tirés de leur lit.
Le second est l’évolution de l’usage de cette disposition. Un texte adopté pour lutter contre la désinformation concernant la sécurité nationale, l’ordre public et la santé publique — et validé par la Cour constitutionnelle, qui a rejeté à la majorité le recours en annulation de l’opposition en novembre 2023 — a désormais été utilisé pour une erreur sur le fait que deux jeunes femmes étaient au lycée ou à l’université.
Expression Interrupted recense actuellement 27 journalistes emprisonnés en Turquie. Reporters sans frontières classe le pays au 163e rang sur 180 dans son indice de 2026.
Nevin Tekin et Nehir Dizdar restent en détention provisoire. L’erreur dans le titre les concernait, et sa correction ne les fait pas sortir de prison.
Resource – Bron – Kaynak
1-Stockholm Center for Freedom, “Turkey briefly detains 2 Sözcü editors over report misidentifying university students as high schoolers”, 27 October 2026: https://stockholmcf.org/turkey-briefly-detains-2-sozcu-editors-over-report-misidentifying-university-students-as-high-schoolers/
2- Seyhan Avşar (@seyhanavsar), 27 October 2026: https://x.com/seyhanavsar/status/2114979213891551688