L’Association pour la liberté d’expression (İFÖD) a rapporté le 22 septembre 2026 que l’accès à 194 comptes X, comptabilisant au total environ 12 millions d’abonnés, avait été bloqué. Elle a précisé que ces ordonnances avaient été rendues au titre de l’article 8/A de la loi n° 5651, au motif de la protection de la sécurité nationale et de l’ordre public, dans le cadre d’enquêtes menées par les parquets généraux d’Istanbul et d’Ankara sur des publications présumées spéculatives concernant des instruments du marché financier.
Parmi ces comptes figurent ceux des économistes Uğur Gürses, Veysel Ulusoy et Bilge Yılmaz, des journalistes Naz Yavuzarslan et Dinçer Gökçe, ainsi que de l’acteur Orhan Aydın. L’İFÖD souligne que les plateformes n’appliquent pas ces ordonnances au même moment, ce qui explique que certains comptes bloqués restent visibles depuis la Turquie pendant une certaine période.
Le 24 septembre, l’İFÖD a indiqué que des articles de presse sur la crise des fonds avaient également été bloqués pour les mêmes motifs, citant des sujets publiés par Gazete Pencere, Evrensel et Sözcü.
Le même jour, l’İFÖD a signalé que le compte X de son propre cofondateur, Yaman Akdeniz, avait été bloqué au titre de l’article 8/A pour des motifs de sécurité nationale et d’ordre public, puis restreint par X en Turquie. Y. Akdeniz est professeur de droit à l’université Bilgi d’Istanbul et dirige le projet EngelliWeb de l’İFÖD, qui documente les ordonnances de blocage visant les sites web, les articles d’actualité et les comptes de réseaux sociaux.
Y. Akdeniz a déclaré que X l’avait informé de la restriction de son compte, mais qu’il ne disposait d’aucune information sur la décision elle-même. Il a affirmé qu’il ne créerait pas de nouveau compte et qu’il contesterait cette restriction.
Y. Akdeniz figurait parmi les requérants lors de l’arrêt rendu en 2014 par la Cour constitutionnelle, lequel avait établi que le blocage de Twitter à l’échelle nationale violait la liberté d’expression.
Des contenus sur d’autres plateformes ont également été retirés. Le journaliste en exil Cevheri Güven, installé en Allemagne, a publié le 22 septembre une information selon laquelle YouTube avait bloqué l’un de ses épisodes de podcast en Turquie à la suite d’une décision de justice. Cet épisode traitait notamment des sociétés de gestion de portefeuille Pusula et Tera. C. Güven a précisé qu’il s’agissait de la deuxième de ses vidéos sur Tera à faire l’objet d’un blocage. La notification de YouTube qu’il a rendue publique fait référence à une ordonnance judiciaire sans toutefois préciser le tribunal, la décision ou son fondement juridique.
Ces événements s’inscrivent dans le contexte d’une crise du marché des fonds d’investissement en Turquie. Selon le SCF, le Conseil des marchés financiers a ordonné la liquidation de 131 fonds gérés par sept sociétés de gestion de portefeuille, dans lesquels 455 758 investisseurs détenaient environ 891 milliards de livres turques (TRY), et neuf personnes ont été placées en détention provisoire dans le cadre de l’enquête associée pour manipulation de marché.
En juillet 2026, le 4ᵉ juge de paix pénal de Bakırköy avait bloqué les comptes X d’Amnesty International Turquie, d’Evrensel, de la MLSA et des Universitaires pour la paix au titre de ce même article 8/A. Deux mois plus tard, le compte de l’avocat qui documente ces ordonnances a été bloqué en vertu de la même disposition.
Sources
1-İfade Özgürlüğü Derneği (İFÖD) / EngelliWeb, records of 22 and 24 September 2026. https://ifade.org.tr/engelliweb/ifod-kurucusu-yaman-akdenizin-x-hesabina-erisim-engeli/ and https://x.com/engelliweb/status/2103090142193803364
2- Stockholm Center for Freedom, 23.09.2026. https://stockholmcf.org/economists-journalists-among-194-x-accounts-blocked-in-turkey-amid-fund-market-turmoil/
3- Stockholm Center for Freedom, 24.09.2026. https://stockholmcf.org/turkey-blocks-x-account-of-prominent-digital-rights-advocate-yaman-akdeniz/
4- Cevheri Güven, X, 22.09.2026. https://x.com/cevheritv/status/2102339204328177754