Un tribunal néerlandais a accordé la protection au titre du statut de réfugié à un couple turc persécuté en raison de ses liens avec le mouvement Gülen, et a ordonné au gouvernement de lui délivrer ce statut.
Rechtbank Den Haag (Amsterdam), 3 septembre 2026.
Le couple, tous deux âgés de 33 ans, a fui la Turquie en 2023. L’épouse avait fait l’objet de poursuites en 2020 avant d’être acquittée trois ans plus tard. L’époux avait été approché par la police, sous pression pour devenir témoin anonyme, et averti qu’il serait arrêté en cas de refus.
Les autorités néerlandaises de l’immigration ont jugé leur récit crédible. Elles ont néanmoins rejeté leur demande, soutenant que le couple ne courait aucun risque réel aujourd’hui au motif que l’épouse avait été acquittée et qu’aucun des deux n’était actuellement recherché.
Le tribunal a désapprouvé cette analyse et en a exposé les raisons.
Elle a été acquittée au bénéfice du doute (faute de preuves) et non parce que son innocence a été établie. Les rapports sur la situation du pays montrent que les personnes acquittées, libérées anticipativement ou dont les poursuites ont été abandonnées restent souvent suspectes, et que de nouvelles enquêtes peuvent être ouvertes à tout moment.
Tous deux avaient apporté leur aide à des familles de gulenistes emprisonnés. En Turquie, cela constitue en soi un motif de poursuites sous l’accusation de « restructuration » du mouvement.
Les proches courent également un risque. L’époux est le conjoint et le frère de personnes soupçonnées d’appartenir au mouvement Gülen, et les rapports décrivent des poursuites visant les partenaires et les membres de la fratrie de manière plus ou moins arbitraire.
De plus, la pression ne s’arrête pas aux frontières. Tous deux sont actifs au sein d’une organisation liée au mouvement Gülen aux Pays-Bas, surveillée par les autorités turques.
Pris dans son ensemble, le tribunal a conclu à l’existence d’un risque réel de persécution en cas de retour.
Parmi les éléments de preuve sur lesquels il s’est appuyé figure le rapport du Prof. Johan Vande Lanotte de janvier 2025, documentant la hausse des poursuites pour « restructuration » contre des personnes dont le seul acte était d’aider des familles de détendus.
Le gouvernement peut encore faire appel.
Sources
2- Prof. Johan Vande Lanotte’s January 2025 report: https://www.linkedin.com/posts/turkeytribunalturkeys-unending-crackdown-on-the-gülen-activity-7289971330920112128-NkDj?utmsource=share&utmmedium=memberdesktop&rcm=ACoAACUmw7MBdU5arv_G4RPopVXIyI4z6XHBUy4