Le Conseil de l’Europe a publié ses statistiques pénales 2025 le 19 mai. À travers 51 systèmes pénitentiaires, 1 107 921 personnes étaient privées de liberté. Neuf systèmes souffraient d’une surpopulation carcérale sévère, contre six l’année précédente. Le taux d’incarcération médian en Europe s’établissait à 110 pour 100 000 habitants.
Celui de la Turquie atteignait 458. C’est le plus élevé d’Europe, et de très loin : l’Azerbaïdjan, en deuxième position, enregistre 271.
La Turquie a également enregistré la plus forte augmentation annuelle du continent — son taux d’incarcération a bondi de 29 % entre janvier 2024 et janvier 2025. Aucun autre système n’a approché un tel niveau. Le Monténégro suivait avec 22 %. Sur la même période, les taux ont nettement diminué en Ukraine, en Slovaquie, en Géorgie, en Estonie et en Pologne.
Concernant la densité carcérale, la Turquie comptait 131 détenus pour 100 places, au même niveau que la France et devant la Croatie, l’Italie, Malte, Chypre, la Hongrie, la Belgique et l’Irlande.
Les données du Conseil de l’Europe datent désormais de dix-neuf mois. Les chiffres arrêtés au 1ᵉʳ septembre 2026 par l’avocat Ali Yıldız portent la population carcérale turque à 434 681 personnes pour une capacité officielle de 304 244 places — soit un taux d’occupation de 142,9 % et 130 437 personnes de plus que ce que le système a été conçu pour accueillir.
Il s’agit d’une hausse qui passe de 131 à 143 détenus pour 100 places en moins de deux ans, au sein d’un système qui était déjà le plus surpeuplé d’Europe.
À l’échelle européenne, un prisonnier sur quatre est en détention provisoire. Une surpopulation de cette ampleur n’est pas le produit d’une vague de criminalité. C’est ce qui se produit lorsque la détention devient la règle plutôt que l’exception.
Source
1- https://wp.unil.ch/space/files/2026/06/260626_rapport-space-i-2025.pdf
3- https://x.com/aliyildizlegal/status/2095445119700816052?s=20
Note juridique
Dans l’arrêt Yasak c. Türkiye [GC], n° 17389/20, du 5 mai 2026, la Grande Chambre a conclu que la Turquie avait violé l’article 3 de la CEDH en raison des conditions dans lesquelles Şaban Yasak a été détenu à la prison de Çorum pendant près de quatre ans.
Son espace individuel variait entre environ 3 et 4,5 m². Il a néanmoins dû dormir pendant de longues périodes sur un matelas posé à même le sol.
La Grande Chambre a estimé que l’effet cumulé d’une surpopulation prolongée et d’installations de couchage inadéquates a imposé une épreuve dépassant largement le niveau de souffrance inhérent à la détention, franchissant ainsi le seuil d’un traitement dégradant. Une chambre avait auparavant conclu à l’absence de violation sur la base des mêmes faits. La Grande Chambre a infirmé ce jugement, par neuf voix contre huit.
La portée de cette décision pour un système pénitentiaire fonctionnant à 143 % de sa capacité réside dans le fait que l’article 3 ne se satisfait pas de la seule garantie de 3 m². Une surpopulation de cette durée et de cette ampleur peut constituer une violation de la Convention, même lorsque l’espace individuel apparaît théoriquement suffisant.
L’article 3 revêt un caractère absolu. Aucun état d’urgence, aucune contrainte budgétaire et aucun volume de poursuites judiciaires ne sauraient en justifier la violation.