Rapport

Retours forcés et protections bafouées : la répression kényane et turque contre les réfugiés

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Ce rapport documente l’enlèvement et le rapatriement forcé de sept ressortissants turcs au Kenya le 18 octobre 2024, révélant une grave violation du droit international des réfugiés. Bien que bénéficiant du statut de réfugié reconnu par l’ONU, quatre des personnes enlevées ont été expulsées vers la Turquie dans le cadre d’une apparente coopération bilatérale, en violation du principe de non-refoulement énoncé à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. S’appuyant sur des témoignages, des correspondances juridiques et des réactions internationales, le rapport détaille comment la campagne de répression transnationale menée par la Turquie s’étend à l’étranger avec la complicité d’États hôtes. Il appelle à une enquête internationale indépendante, à un contrôle renforcé des services de renseignement étrangers au Kenya et au respect du droit des réfugiés par le Kenya et la Turquie. Les conclusions soulignent le risque croissant d’enlèvements politiques liés à la coopération en matière de sécurité et incitent à une responsabilisation internationale afin de prévenir de telles violations.

Résumé exécutif

Ce rapport examine l’enlèvement et le rapatriement forcé de sept ressortissants turcs du Kenya le 18 octobre 2024, constituant une grave violation des droits des réfugiés. La campagne de répression transnationale menée par la Turquie, ciblant les dissidents à l’étranger, s’est intensifiée grâce à son influence diplomatique sur des pays d’accueil comme le Kenya. Malgré la protection de l’ONU, quatre ressortissants turcs ont été expulsés dans le cadre d’une coopération turco-kényane, en violation du principe de non-refoulement de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés.

Les principales recommandations comprennent une enquête indépendante, un contrôle plus strict des services de renseignement étrangers au Kenya et l’accélération des procédures de regroupement familial pour les familles de réfugiés séparées. Le rapport exhorte le Kenya et la Turquie à respecter les normes internationales relatives aux droits humains et appelle à un renforcement de la protection internationale des personnes vulnérables victimes de répression transnationale.

Contexte de la campagne de répression transnationale de la Turquie

La stratégie de répression transnationale de la Turquie, telle que documentée dans le rapport de Freedom House [1], cible les dissidents du monde entier, en particulier les membres du mouvement Gülen. Parmi les tactiques employées figurent les enlèvements, les expulsions forcées, la surveillance, le retrait et le refus de passeports, ainsi que le harcèlement. L’administration du président turc Recep Tayyip Erdoğan, privilégiant les prétendus « intérêts nationaux » dans le cadre de sa « chasse aux sorcières » [2][33] au détriment des normes internationales relatives aux droits humains, instrumentalise les relations diplomatiques pour exercer des pressions sur les pays hôtes, instaurant un climat de peur et de danger pour les dissidents turcs à travers le monde. Les récents enlèvements à Nairobi illustrent les efforts continus de la Turquie pour étouffer les voix de l’opposition à l’étranger, avec la complicité de pays hôtes liés par des alliances de sécurité.

Par exemple, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, a confirmé en 2019 que 104 personnes soupçonnées d’appartenir au mouvement Gülen avaient été rapatriées de force depuis 21 pays dans le cadre de la répression internationale menée par la Turquie contre les dissidents présumés [3][4]. Le vice-ministre des Affaires étrangères, Yavuz Selim Kıran, a déclaré par la suite que ces opérations avaient entraîné plus de 100 retours forcés [5]. Outre ces cas internationaux, la Turquie a recensé 27 cas de disparitions forcées sur son territoire, illustrant le recours généralisé du régime à des tactiques répressives [6].

Dans la quasi-totalité des cas de déportation forcée ou de disparition forcée, l’agence de presse étatique Anadolu et/ou la chaîne TRT, suivies par d’autres médias nationaux, ont annoncé les « détentions » en diffusant des photographies des personnes enlevées entre des drapeaux turcs, montrant des signes visibles de torture et de mauvais traitements [7][8][9]. Suite à ce type d’informations, le président Erdogan a souvent félicité publiquement les services de renseignement turcs (MIT) [10].

Chronologie des événements de l’affaire d’enlèvement de Nairobi

  • 18 octobre 2024, tôt le matin – Enlèvements coordonnés : Sept ressortissants turcs, dont Mustafa Genç, son fils Abdullah, Hüseyin Yeşilsu, Necdet Seyitoğlu, Öztürk Uzun et Alparslan Taşçı accompagné de son épouse Saadet, ont été enlevés à différents endroits de Nairobi. Des hommes masqués et armés, à bord de plusieurs véhicules, les ont interceptés et emmenés de force. Des témoins ont indiqué que certains enlevés se rendaient à l’école ou dans des bureaux administratifs.
  • Plus tard dans la journée – Libérations partielles : Trois des personnes enlevées, dont Abdullah Genç, 16 ans, Necdet Seyitoğlu et Saadet Taşçı, ont été libérées. Seyitoğlu, citoyen britannique, aurait été libéré après avoir présenté son passeport britannique, tandis que la libération de Taşçı a suscité des inquiétudes quant au sort de son mari.
  • L’Association universelle pour les droits de l’homme a publié une vidéosurveillance provenant d’une caméra de sécurité voisine montrant Mustafa Genc et son fils quittant leur domicile, immédiatement suivis de deux autres véhicules civils, dont un gros SUV noir. Les véhicules et leurs plaques d’immatriculation sont identifiables sur la vidéo [32].
  • Lettre du cabinet d’avocats Mukele & Kakai Advocates LLP, datée du 19 octobre 2024 : le cabinet s’adresse aux compagnies aériennes et aux autorités aéronautiques kényanes, leur demandant de respecter le principe de non-refoulement. Représentant des ressortissants turcs enlevés (Uzun, Yeşilsu, Taşçı et Genç), la lettre exhorte les compagnies aériennes à éviter de transporter ses clients en Turquie, où ils risquent d’être persécutés. Elle cite la loi kényane sur les réfugiés et le droit international, soulignant que leur expulsion constituerait une violation de ces protections. La lettre avertit que le non-respect de ce principe pourrait rendre les compagnies aériennes complices de violations des droits humains et insiste sur le respect des droits des réfugiés [30]. Bien que les modalités de transport des victimes en Turquie restent inconnues, compte tenu des dates, il est quasi certain que ce transport a eu lieu par avion. Les éléments recueillis laissent penser à une implication de Turkish Airlines.
  • 21 octobre 2024 – Rapatriement forcé en Turquie : Malgré les protestations des organisations de défense des droits humains et des représentants légaux, quatre des personnes enlevées – Mustafa Genç, Hüseyin Yeşilsu, Öztürk Uzun et Alparslan Taşçı – ont été transférées en Turquie, prétendument dans le cadre d’un accord entre les autorités kényanes et turques. Cette décision a suscité une vive indignation internationale, le Kenya étant accusé de violer le droit international des réfugiés. [11][12][13]
  • 26 octobre 2024 – Réponse officielle et critiques : Au nom du gouvernement kényan, Korir Sing’Oei, secrétaire principal aux Affaires étrangères, a défendu les expulsions face aux critiques internationales croissantes [14]. Dans sa déclaration, M. Sing’Oei a reconnu les faits :

Le Kenya confirme que quatre ressortissants de la République de Turquie ont été rapatriés dans leur pays d’origine le vendredi 18 octobre 2024, à la demande du gouvernement turc. Le Kenya a accédé à cette demande en raison des relations historiques et stratégiques solides qui unissent nos deux pays, fondées sur des accords bilatéraux. Ces quatre personnes résidaient au Kenya en tant que réfugiés. Le ministère des Affaires étrangères et de la Diaspora a reçu l’assurance des autorités turques que ces quatre personnes seraient traitées avec dignité, conformément au droit national et international.

Diverses organisations, dont Amnesty International [15], la CIJ, le PRWGK et le Tribunal turc, ont condamné les actions du Kenya [voir ci-dessous pour plus de détails], citant de graves violations du principe de non-refoulement et exigeant des éclaircissements sur la base juridique de ces expulsions.

Témoignages des personnes enlevées et libérées, et de leurs conjoints

  • Témoignage de Saadet Taşçı : Dans un message publié sur X, Saadet Taşçı a raconté son enlèvement alors qu’elle se rendait dans un bureau d’administration pour obtenir son permis de conduire. Dépouillée de ses effets personnels, les yeux bandés, elle a été transférée d’un véhicule à l’autre et retenue captive pendant six heures et demie, sans nourriture ni possibilité de communiquer. Inquiète pour la sécurité de son mari, toujours détenu par les autorités turques, elle a exigé sa libération. Saadet a précisé que sa famille et elle bénéficiaient de la protection des Nations Unies depuis 2018 et qu’elles possédaient un passeport délivré par l’ONU depuis début 2024 [16].
  • Necdet Seyitoğlu, citoyen britannique enlevé : Necdet Seyitoğlu, citoyen britannique, a raconté avoir été victime d’une embuscade avec Hüseyin Yeşilsu. Des hommes masqués et armés les ont interceptés, les ont forcés à monter dans un 4×4 et les ont conduits pendant plusieurs heures, la tête recouverte de sacs. Il a été détenu sans nourriture, n’a reçu que de l’eau et a finalement été abandonné dans une rue déserte de Nairobi. Son expérience souligne la menace importante qui pèse sur les ressortissants étrangers et les dissidents résidant au Kenya [17].
  • Abdullah Genc, ​​16 ans, fils de Mustafa Genc : Abdullah Genc, ​​un lycéen kényan de 16 ans, a raconté son enlèvement avec son père tôt ce matin-là. Alors qu’ils se rendaient de chez eux à l’école, leur voiture a été percutée par une jeep à bord de laquelle se trouvaient quatre hommes masqués qui ont forcé Abdullah et son père à monter dans leur véhicule. Les ravisseurs les ont ligotés avec des colliers de serrage, menottés et leur ont bandé les yeux, changeant fréquemment les plaques d’immatriculation de la jeep pour éviter d’être repérés. La mère et les jeunes sœurs d’Abdullah sont restées sur place. Les ravisseurs ont erré dans Nairobi pendant deux heures avant de se rendre compte de l’âge d’Abdullah. Il a ensuite été transféré dans un autre véhicule, où il est resté seul, les yeux bandés et ligoté, pendant deux heures supplémentaires. Après quatre heures de captivité, il a été déposé à 500 mètres de chez lui, sous la pluie, pieds nus et sans ses affaires. Abdullah a lancé un appel au gouvernement kényan et aux Nations Unies pour qu’ils l’aident à retrouver son père [18].
  • Des témoignages et des appels similaires ont été lancés sur les plateformes de médias sociaux par Gilman Yesilsu, l’épouse de Hüseyin Yesilsu [19], S. Uzun, l’épouse d’Öztürk Uzun [20] et P. Genc, ​​l’épouse de Mustafa Genc [21].

Réponses internationales

  • Amnesty International : Dans sa déclaration du 19 octobre 2024, Amnesty International a exprimé sa profonde inquiétude face à l’enlèvement de sept ressortissants turcs réfugiés à Nairobi. L’organisation a souligné que ces personnes risquaient d’être renvoyées de force en Turquie, ce qui constituerait une violation des protections internationales, notamment de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Amnesty a appelé les autorités kényanes à localiser et protéger les personnes disparues, à enquêter sur l’incident et à prévenir de futures violations des droits de l’homme. L’organisation a exhorté le Kenya à respecter ses obligations légales, insistant sur les graves conséquences que cela aurait pour la protection des réfugiés et la réputation internationale du pays [22].
  • CIJ : Dans sa déclaration du 19 octobre 2024, la Cour de justice de l’Inde (CIJ) a exprimé sa vive préoccupation concernant l’enlèvement et le possible refoulement de sept réfugiés à Nairobi, actes qu’elle a condamnés comme une violation du droit international. La CIJ a souligné l’obligation du Kenya, en vertu de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et de sa législation, de protéger les réfugiés contre le renvoi forcé vers des lieux de persécution. La déclaration a critiqué le mépris du Kenya pour les droits humains et a exhorté à une enquête transparente. Elle a averti que les agissements du Kenya compromettaient sa crédibilité en tant que pays d’asile pour les personnes vulnérables et a demandé que les responsables rendent des comptes [23].
  • Tribunal turc : Ayant suivi et documenté l’affaire de bout en bout, le Tribunal turc a condamné le rapatriement forcé de quatre ressortissants turcs par le Kenya le 18 octobre 2024, le qualifiant de violation grave du droit international, et notamment du principe de non-refoulement. Il a reproché au Kenya de ne pas respecter la protection des réfugiés et d’avoir cédé aux pressions politiques turques, mettant ainsi en danger les personnes expulsées. Le Tribunal a qualifié de « vides » les assurances données par la Turquie au Kenya, citant les violations des droits humains documentées commises par ce pays. Il a exhorté le Kenya à mener une enquête indépendante, à cesser tout rapatriement illégal et à réaffirmer son engagement à protéger les droits des réfugiés [24].
  • Pétition de l’IAHRA auprès du Comité des droits de l’homme de l’ONU : L’Association internationale pour la défense des droits de l’homme (IAHRA), basée à Genève, en Suisse, a soumis une pétition au nom des personnes expulsées, ce qui a conduit l’ONU à demander à la Turquie d’assurer leur sécurité, de divulguer leur lieu de résidence et d’accorder un accès familial et juridique [25].
  • La Commission kényane des droits de l’homme (KHRC) et le Groupe de travail sur la réforme de la police au Kenya (PRWGK) ont condamné, dans une déclaration conjointe, le rapatriement par le gouvernement kényan de quatre réfugiés turcs, le qualifiant de violation grave du principe de non-refoulement qui interdit de renvoyer des personnes vers un danger potentiel. Ils ont souligné les obligations du Kenya en vertu du droit international, critiquant le manque de recherche par le gouvernement de solutions de réinstallation sûres dans des pays tiers. Le PRWGK a fait valoir que les actions du Kenya compromettent son statut de pays d’asile pour les personnes fuyant les persécutions et pourraient ternir son bilan en matière de droits humains en tant que membre du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, et a exhorté le Kenya à rendre des comptes et à respecter la protection des réfugiés [26].

Comment les médias ont couvert l’incident

  • BBC : Le reportage de la BBC décrit l’enlèvement d’un ressortissant britannique, Necdet Seyitoğlu, et de six citoyens turcs à Nairobi le 18 octobre 2024. Selon ce reportage, M. Seyitoğlu a été libéré après huit heures de captivité sur présentation de son passeport britannique, mais quatre des citoyens turcs sont toujours portés disparus. La police kényane enquête sur l’affaire, suite à des témoignages oculaires faisant état de l’enlèvement par des hommes masqués. Cet incident a suscité des critiques de la part d’organisations internationales de défense des droits humains, Amnesty International et le HCR exprimant leurs inquiétudes quant à d’éventuelles violations du droit international des réfugiés [11].
  • Le journal The Nation a détaillé la justification par le Kenya de sa décision de rapatrier quatre réfugiés turcs, affirmant que la Turquie avait demandé leur retour en raison de craintes d’« activités subversives ». Des responsables kényans, dont le secrétaire permanent aux Affaires étrangères, Korir Sing’oei, ont soutenu qu’il était complexe de trouver un juste équilibre entre non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays. Ces quatre personnes, affiliées au mouvement Gülen, ont été expulsées malgré la condamnation internationale, le Kenya insistant sur le fait qu’il avait reçu des assurances quant à leur traitement humain. La position du gouvernement a intensifié les critiques quant aux violations potentielles du droit des réfugiés [12].
  • Centre de Stockholm pour la liberté (SCF) : Le secrétaire permanent du ministère kényan des Affaires étrangères, Korir Sing’oei, a défendu l’expulsion de quatre réfugiés turcs enregistrés auprès de l’ONU, invoquant l’engagement du Kenya à ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures des autres pays et son refus d’accueillir des individus perçus comme « subversifs » par la Turquie. Malgré les assurances données par la Turquie quant à un traitement humain, des organisations de défense des droits humains ont critiqué cette expulsion, arguant qu’elle violait la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et les protocoles de l’Union africaine. Les critiques ont remis en question la position du Kenya, soulignant son récent refus d’expulser des personnalités politiques vers la RDC et l’influence possible des liens sécuritaires croissants entre le Kenya et la Turquie [27].
  • Le journal The Standard a relaté l’enlèvement de sept ressortissants étrangers à Nairobi le 18 octobre, dont un citoyen britannique, Necdet Seyitoglu, et six ressortissants turcs liés au mouvement Gülen. Selon The Standard, des hommes armés ont intercepté leur véhicule dans le quartier de Kileleshwa, leur ont bandé les yeux et leur ont confisqué leurs effets personnels. Seyitoglu, libéré par la suite, a déclaré avoir été promené pendant des heures avant d’être déposé dans un lieu inconnu. Les autorités kényanes sont d’abord restées silencieuses, confirmant plus tard l’expulsion des ressortissants turcs. Des organisations de défense des droits humains ont critiqué l’implication du Kenya dans ces renvois forcés [31].

Dernière mise à jour : 30 octobre 2024

La Turquie s’est abstenue de toute déclaration publique concernant les enlèvements, rompant ainsi avec sa position habituellement favorable. Selon certaines sources, les quatre personnes ont été autorisées à téléphoner chacune trois minutes à leurs proches résidant en Turquie le lundi 21 octobre. Le 24 octobre, un avocat aurait rencontré Alparslan Taşçı, qui a reçu des soins médicaux mais ignorait tout de l’état de santé des autres détenus. Des sources à Nairobi rapportent que les quatre victimes ont été arrêtées et incarcérées après leur première comparution. Le 30 octobre, nos sources ont tenté de contacter leur avocat à Ankara, mais celui-ci a refusé de répondre, indiquant qu’il ne les représentait plus et qu’un autre avocat prendrait désormais en charge leur dossier.

Précédents de coopération en matière de défense et influence de la Turquie

Les récents accords bilatéraux de défense entre la Turquie et le Kenya ont probablement facilité la volonté du Kenya de se conformer aux exigences turques. La société BAYKAR Technologies a récemment formé du personnel kenyan à l’utilisation des drones Bayraktar TB2 [28], et en 2023, des responsables turcs, dont le secrétaire aux Industries de défense Haluk Görgün, ont signé un accord de coopération industrielle de défense avec le Kenya, renforçant ainsi la collaboration en matière de défense [28]. Le rapport de Freedom House indique que la Turquie peut utiliser de tels liens militaires pour exercer une pression sur les pays partenaires, lui permettant de mener des opérations clandestines ciblant les dissidents à l’étranger [29].

Implications juridiques et humanitaires

L’expulsion par le Kenya des ressortissants turcs contrevient aux protections fondamentales des réfugiés, tant au niveau international que national :

  • Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et Protocole de 1967 : Ces textes établissent le principe de non-refoulement, interdisant le renvoi forcé de réfugiés vers des territoires où ils risquent d’être persécutés. En rapatriant de force les ressortissants turcs en Turquie, le Kenya a bafoué cette protection, violant ainsi une obligation fondamentale du droit international des réfugiés.
  • Loi kényane sur les réfugiés de 2021 et Convention de l’Union africaine (UA) relative au statut des réfugiés : ces deux cadres juridiques renforcent l’obligation du Kenya de protéger les personnes vulnérables et d’empêcher les renvois forcés vers des lieux où elles risquent d’être en danger. La loi de 2021 inscrit le principe de non-refoulement dans le droit national, obligeant le Kenya à faire de la sécurité des réfugiés une priorité. En laissant la Turquie influencer les décisions relatives aux demandes d’asile, le Kenya risque de compromettre son respect de ces engagements juridiques et son rôle de pays refuge sûr.

Ensemble, ces cadres juridiques imposent au Kenya de protéger les demandeurs d’asile et les réfugiés et de veiller à ce qu’ils ne soient pas renvoyés dans des situations de persécution potentielle. En violant ces principes, les actions du Kenya ont non seulement mis en danger la sécurité des personnes, mais ont également affaibli les normes internationales qui protègent les réfugiés dans le monde entier.

Recommendations

  • Enquête internationale indépendante :

Une enquête internationale sur l’enlèvement et le rapatriement de ressortissants turcs est essentielle. Cette enquête devrait permettre d’identifier tous les responsables, au Kenya comme en Turquie, dans le respect de la transparence et de l’obligation de rendre des comptes. Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et les autres instances compétentes devraient superviser le processus afin d’en garantir l’impartialité.

  • Réaffirmation par le Kenya de la protection des réfugiés :

Le Kenya devrait réaffirmer publiquement son engagement à respecter ses obligations au titre du droit international des réfugiés, notamment la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et sa loi de 2021 sur les réfugiés. Cette réaffirmation devrait s’accompagner d’ajustements politiques visant à renforcer la protection contre le refoulement et la transparence dans toutes les décisions relatives à l’asile, rétablissant ainsi la confiance du public dans le rôle du Kenya en tant que pays d’accueil pour les réfugiés.

  • Renforcement du contrôle des opérations de renseignement étrangères au Kenya :

Le Kenya devrait mettre en œuvre des mesures rigoureuses pour réglementer et surveiller les activités de renseignement étrangères, en particulier celles qui ciblent les demandeurs d’asile vulnérables. Un tel contrôle permettra d’empêcher les influences extérieures de compromettre la politique kényane en matière de réfugiés, renforçant ainsi la souveraineté du Kenya et le respect de ses engagements en matière de droits humains.

  • Renforcement du contrôle et de la responsabilisation internationaux :

L’ONU et les organisations internationales de défense des droits humains devraient intensifier leur surveillance du respect par le Kenya des droits des réfugiés et veiller à sa conformité aux normes internationales. Des audits et des évaluations réguliers menés par les organisations internationales peuvent contribuer à garantir la responsabilité du Kenya et fournir un appui technique pour renforcer son système de protection des réfugiés.

  • Recommandations au gouvernement turc :
    • Respect des normes internationales : La Turquie doit respecter les normes internationales interdisant la répression transnationale et se conformer au principe de non-refoulement. Le gouvernement turc doit cesser d’utiliser les enlèvements internationaux et les retours forcés comme instruments politiques contre les dissidents.
    • Garantir la transparence et la protection des droits humains : la Turquie devrait permettre aux organisations internationales de défense des droits humains et aux représentants légaux d’accéder à toutes les personnes détenues et communiquer clairement sur leur statut. Cette transparence est essentielle pour que la Turquie puisse commencer à rétablir la confiance de la communauté internationale en matière de droits humains.
    • Mise en place de canaux sûrs pour les demandes de rapatriement : la Turquie devrait collaborer avec les instances internationales afin d’établir des canaux légaux pour le traitement des demandes d’extradition individuelles, conformément au droit international et en protégeant les droits des réfugiés.
  • Recommandations aux services d’immigration et au HCR :

Étant donné que la famille d’Öztürk Uzun, réfugiée aux Pays-Bas, attendait le regroupement familial depuis neuf mois avant son enlèvement, le Service néerlandais de l’immigration et de la naturalisation (IND) devrait accorder la priorité et accélérer le traitement des demandes d’asile et les procédures de regroupement familial pour les familles de réfugiés séparées par la répression politique. Ce cas souligne les risques encourus par les personnes se trouvant dans des situations politiquement sensibles et met en évidence l’urgence d’un traitement efficace des demandes de regroupement familial afin d’éviter que les familles vulnérables ne soient exposées à des risques similaires pendant leur attente. La même recommandation est faite au HCR pour les personnes qui attendent toujours d’être réinstallées depuis le Kenya.

  • Recommandation aux compagnies aériennes et aux autorités aéronautiques : Respectez les obligations de non-refoulement

Les compagnies aériennes et les autorités aéronautiques doivent respecter scrupuleusement le droit international et kényan de non-refoulement en refusant de transporter les réfugiés ou demandeurs d’asile vers des pays où ils risquent d’être persécutés. Dans des cas comme celui des ressortissants turcs susceptibles de subir une répression politique, les compagnies aériennes doivent s’assurer que leurs actions sont conformes aux droits humains. Les autorités kényanes doivent aider les compagnies aériennes à garantir qu’elles ne participent pas à des expulsions contraires à la protection des réfugiés, protégeant ainsi les personnes vulnérables contre un retour forcé.

Conclusion

L’enlèvement et le rapatriement forcé de ressortissants turcs du Kenya mettent en lumière les graves risques que représente la répression transnationale, exacerbée par les liens diplomatiques et de défense internationaux. Les actions du Kenya, apparemment influencées par des considérations politiques turques, soulèvent des inquiétudes quant à son respect des protections fondamentales des réfugiés. Ce rapport souligne l’urgence d’un engagement renforcé en faveur du droit international des réfugiés, tant au Kenya qu’à l’échelle mondiale, afin de protéger les personnes vulnérables contre de telles violations. La communauté internationale doit agir avec détermination pour garantir la responsabilité des États impliqués dans ces pratiques et renforcer le cadre international de protection des droits humains et des réfugiés.

ANNEXES (à trouver dans le PDF):

  1. Statement of Korir Sing’Oei, Principal Secretary for Foreign Affairs
  2. Turkey Tribunal’s response
  3. Joint Statement co-signed by Kenya Human Rights Commission and Police Reforms Working Group Kenya
  4. Acknowledgement of the UN Human Rights Committee registering IAHRA’s petition
  5. Amnesty International Statement
  6. ICJ Statement
  7. Law firm’s letter addressed to airlines and aviation authorities
  8. Visuals from social media campaigns between 18 and 21 October

REFERENCES:

[1] Freedom House Report on Turkey’s Transnational Repression

[2] Erdoğan: “If it is a witch hunt, we will wage this witch hunt, know that!”

[3] U.S. Department of State report

[4] Sabah Daily: 104 FETÖ members were brought to Turkey in cooperation with 21 countries

[5] Hurriyet Daily: Deputy Minister announced: Over 100 FETO terrorists brought in

[6] The Unlawful Practices Of The Turkish Government Towards The Dissidents Abroad, Illegal Renditions And Decisions Of Refusal Of Extradition

[7] Another blow to FETÖ by MİT: Orhan Inandı captured

[8] FETÖ member Selahaddin Gülen was captured by an MIT operation abroad and brought to Turkey

[9] MİT brought Osman Karaca, FETÖ’s head of Mexico, to Turkey

[10] President Erdoğan: Our National Intelligence Organisation has recently brought Orhan Inandı, FETO’s general responsible for Central Asia, to our country

[11] British national and several Turkish citizens abducted in Kenya

[12] Doubling down: Kenya stands by violent capture and repatriation of Turkish refugees

[13] Dirty operation in Kenya: 7 Turkish citizens kidnapped

[14] Statement by Korir Sing’Oei, Principal Secretary for Foreign Affairs

[15] Agnes Callamard (X: @AgnesCallamard), Secretary General, Amnesty International

[16] URGENT | Hear Saadet and Act Now!

[17] URGENT | Hear Necdet and Act Now!

[18] This is Abdullah G., one of the 7 abductees in Nairobi. He was abducted with his father in Nairobi on 18 October

[19] Gilman Yesilsu’s husband Hüseyin and his colleagues were abducted in Nairobi on 18 October

[20] This is S. Uzun, currently a refugee in the Netherlands, and her family were awaiting their family reunification for 9 months

[21] This is P. Genc, the wife of one of the 7 abductees in Nairobi. Her husband Mustafa Genc and her son were abducted in Nairobi on 18 October while under UN protection

[22] It has been over 30 hours. There has been no substantive statement by Kenyan authorities. Mustafa Genç, Öztürk Uzun, Alparslan Taşçı, Hüseyin Yeşilsu remain missing after abduction under UN protection on Kenyan soil.

[23] STATEMENT: The Kenyan government must urgently act to locate the missing Turkish asylum seekers, ensure their safety, and prevent their forced return to Turkey, where they are at grave risk of persecution.

[24] We Condemn Kenya’s Repatriation of Turkish Refugees as a Grave Violation of International Law

[25] IAHRA’s Petition to the UN Human Rights Committee

[26] Kenyan government repatriated four Turkish refugees against their wishes, violating national and international laws. This adds to endless grounds that make Kenya unfit to be part of the UN Human Rights Council.

[27] Kenyan official defends violent capture and repatriation of UN- protected Turkish refugees

[28] Official X handle of BAYKAR technologies: Trainees from our friendly and brotherly country, Kenya, have successfully completed their Bayraktar TB2 UCAV training at the Baykar Flight Training Center in Keşan and graduated.

[29] Prof. Dr. Haluk Görgün (X:@halukgorgun), Secretary of Turkish Defence Industries: We signed a Defense Industry Cooperation (SSI) agreement with Mr. Aden DUALE, the Minister of Defense of Kenya.

[30] The letter of Mukele & Kakai Advocates LLP to airlines and aviation authorities

[31] Seven foreign nationals abducted in Nairobi

[32] Universal Rights Association published a CCTV footage

[33] Turkiye’s Erdogan vows to continue Witch Hunt despite Gulen’s Death | Vantage with Palki Sharma

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