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Panel | Discussions sur la liberté de la presse : Le journalisme à l’ère numérique

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Solidarity with OTHERS est fière de partager les conclusions de sa table ronde opportune, « Débats sur la liberté de la presse : le journalisme à l’ère numérique », qui s’est tenue le 8 mai 2025 à la Vrije Universiteit Brussel (VUB), à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse (3 mai).

Cet événement a réuni des personnalités du journalisme, de la société civile et des politiques publiques afin d’examiner les menaces qui pèsent sur la liberté des médias à l’ère numérique. Nous avons eu l’honneur d’accueillir nos intervenants de renom : Renate Schroeder (Fédération européenne des journalistes), Abdullah Bozkurt (Nordic Monitor), Ahmed Gamal Ziada (Zawia3), Karl van den Broeck (Apache) et Lailuma Sadid (En-Gaje), sous la modération du journaliste Selçuk Gültaslı.

Nous adressons également nos sincères remerciements à la députée européenne Irena Joveva pour son message vidéo pertinent et son engagement indéfectible en faveur de la liberté de la presse au sein de l’Union européenne.

Le panel a examiné comment le contrôle étatique croissant sur la publicité et les structures de propriété transforme les médias indépendants en outils de propagande, étouffe le journalisme d’investigation et réduit au silence les voix dissidentes. Les intervenants ont souligné l’urgence d’appliquer la Convention européenne sur la liberté de la presse, tout en exhortant l’UE à appliquer rigoureusement la loi sur les services numériques (DSA) et la loi sur les marchés numériques (DMA) afin de défendre la liberté de la presse au-delà des frontières nationales.

Un point central de l’événement a été le sort des journalistes exilés, qui continuent de faire face à des menaces – précarité économique, absence de soutien institutionnel et censure numérique – même après avoir fui des régimes autoritaires. L’augmentation des suppressions de contenus par les plateformes numériques mondiales, qui cèdent de plus en plus aux demandes de retrait émanant de gouvernements autoritaires, a suscité une vive inquiétude.

 

Discours d’ouverture à l’occasion de la Journée de la liberté de la presse : Selçuk Gültaslı

Dans son discours d’ouverture, Selçuk Gültaslı a souligné que la liberté de la presse est un pilier fondamental de la démocratie et essentielle pour garantir la responsabilité des pouvoirs publics. Il a mis en lumière comment des médias libres permettent aux citoyens de prendre des décisions éclairées lors des élections, renforçant ainsi le processus démocratique.

Gültaslı a attiré l’attention sur la multiplication des attaques contre les médias indépendants de la part des gouvernements, notamment des régimes autoritaires et populistes. Ces attaques se manifestent par la censure, la surveillance, les menaces et des mesures légales visant à museler les journalistes indépendants. Parallèlement, les médias pro-gouvernementaux sont favorisés par des financements directs, des nominations politiques et le contrôle des chaînes de télévision et de radio publiques.

Il a cité des exemples de répression des médias non seulement en Europe – notamment en Hongrie, en Slovaquie et en Italie – mais aussi dans d’autres pays, comme l’Afghanistan, l’Égypte et la Turquie. De nombreux journalistes restent emprisonnés ou font l’objet de répression, et de nombreux cas en Turquie font état de journalistes emprisonnés pour avoir révélé des informations sensibles.

Face aux défis de l’ère numérique, Gültaslı a expliqué comment les gouvernements utilisent des logiciels espions, des algorithmes et des réglementations de plateformes pour réduire au silence les journalistes dissidents et manipuler la circulation de l’information.

Il a salué les efforts de l’Union européenne pour protéger la liberté de la presse, notamment l’adoption du règlement européen sur la liberté des médias et des directives anti-SLAPP (poursuites stratégiques contre la participation publique) visant à protéger les journalistes contre les actions en justice abusives à des fins d’intimidation. Ces mesures législatives ont été reprises dans le message vidéo de l’eurodéputée slovène Irena Joveva, qui a souligné la responsabilité de l’UE dans la défense de l’indépendance des médias et des droits des journalistes.

Extraits du message vidéo : Irena Joveva

Dans son message vidéo, Irena Joveva a souligné la situation de plus en plus critique de la liberté de la presse, marquée par une pression politique croissante sur les médias indépendants. Elle a qualifié le Règlement européen sur la liberté des médias (REA) d’avancée juridique majeure visant à protéger l’indépendance des journalistes. Elle a toutefois insisté sur le fait qu’une application rigoureuse et des mesures judiciaires sont indispensables pour que le REA soit pleinement efficace.

Joveva a souligné que la mainmise sur les médias demeure généralisée, alimentée par des mécanismes tels que la publicité d’État, la propriété oligarchique et l’influence politique directe. Elle a exposé plusieurs défis majeurs auxquels est confronté le paysage médiatique actuel, notamment les difficultés financières du journalisme professionnel, la domination des géants de la technologie sur les recettes publicitaires et la propagation massive de la désinformation sur les réseaux sociaux.

Par ailleurs, elle a mis en garde contre les menaces émergentes que représente l’intelligence artificielle dans les contenus médiatiques, ce qui pourrait compliquer davantage la lutte pour une information véridique. Joveva a souligné qu’il est essentiel de donner aux journalistes les moyens de défendre leur indépendance, rappelant à l’auditoire qu’il est bien plus facile de défendre la liberté de la presse de manière proactive que de la rétablir une fois perdue.

Elle a conclu en réaffirmant le rôle crucial du professionnalisme et de la crédibilité journalistiques dans la préservation des sociétés démocratiques. L’histoire personnelle du journaliste égyptien Ahmed Gamal Ziada, qui a poursuivi son travail de reportage en exil malgré d’immenses difficultés, illustre parfaitement cette résilience et cet attachement à l’intégrité journalistique.

Récit personnel d’un journaliste égyptien exilé : Ahmed Gamal Ziada

Dans son témoignage personnel, Ahmed Gamal Ziada a partagé les immenses défis et la résilience dont il a fait preuve pour poursuivre son travail de journalisme d’investigation après avoir été contraint à l’exil d’Égypte en 2020. Suite à des menaces, des arrestations et deux emprisonnements — dont une disparition forcée de 15 jours —, Ahmed s’est réfugié en Belgique, où il a d’abord rencontré des difficultés sans compétences linguistiques ni soutien financier.

Malgré ces difficultés, Ahmed était déterminé à poursuivre son travail d’enquête. Sans financement initial, lui et son équipe ont commencé à enquêter sur des problèmes cruciaux tels que l’exploitation des Palestiniens traversant la frontière entre Gaza et l’Égypte. Leur travail courageux a rapidement attiré l’attention et a débouché sur des partenariats avec des organisations de confiance et des médias internationaux comme The Guardian. Au fil du temps, la plateforme d’Ahmed est devenue l’une des sources d’information indépendantes les plus importantes pour les Égyptiens vivant dans le pays.

En raison de la nature sensible de leurs enquêtes, leur site web a été bloqué à deux reprises par le gouvernement égyptien. Pour contourner ce blocage, l’équipe d’Ahmed a développé des solutions techniques, notamment des sites miroirs et une application mobile dotée d’un VPN intégré, permettant ainsi aux Égyptiens d’accéder à leur contenu malgré une censure stricte.

Ahmed a souligné que l’Union européenne considère souvent les journalistes en exil comme de simples victimes ayant besoin de formation. Il a rejeté cette idée, affirmant qu’ils sont des professionnels et des figures de proue dans leur domaine. Ce dont ils ont réellement besoin, c’est d’un soutien politique pour demander des comptes aux régimes oppressifs et protéger la liberté de la presse.

Tout au long de son récit, Ahmed a mis en avant sa résilience et sa détermination, refusant de se considérer comme une victime malgré les nombreux obstacles rencontrés en exil.

Points de vue de Karl Van de Broek, rédacteur en chef d’Apache :

Karl Van de Broek a partagé une réflexion approfondie sur la création et la mission actuelle d’Apache, la plateforme de journalisme d’investigation indépendante qu’il dirige. Lancée en 2009, Apache a débuté comme une modeste expérience numérique offrant un journalisme gratuit et de qualité au public, à une époque où les smartphones et les réseaux sociaux n’avaient pas encore bouleversé la consommation d’informations. Karl a souligné combien ce contexte a fait qu’Apache a vu le jour dans un environnement médiatique très différent, qui allait bientôt être radicalement transformé par l’essor des géants de la technologie comme Facebook et Google.

Il a souligné l’impact profond de ces monopoles numériques sur les médias traditionnels, notamment à travers leur contrôle des recettes publicitaires. Ce changement, a expliqué Karl, a largement contribué à la crise financière que traverse aujourd’hui le journalisme indépendant, rendant les modèles de financement durables essentiels. Karl a décrit comment Apache a réagi en s’organisant en coopérative, détenue par des milliers de lecteurs-actionnaires. Cette structure garantit l’indépendance éditoriale, permettant aux journalistes de mener leurs enquêtes sans pression de la part de propriétaires corporatifs ou d’investisseurs fortunés.

Au-delà du financement, Karl a évoqué les risques plus larges qui pèsent sur la liberté des médias à l’ère numérique. Il a mis en garde contre les vastes capacités de surveillance des géants du numérique, qui collectent des quantités sans précédent de données d’utilisateurs, créant un environnement bien plus intrusif que les visions dystopiques de George Orwell. Ceci soulève des questions urgentes concernant le respect de la vie privée, la liberté d’expression et le rôle des plateformes numériques dans la construction du débat public.

Karl a également suggéré que la viabilité financière du journalisme pourrait bénéficier de modèles similaires à ceux qui soutiennent les universités américaines : une combinaison de subventions publiques, de revenus tirés des services et d’un soutien actif de la société civile. Il a présenté cette approche hybride comme une voie prometteuse à une époque où les médias purement marchands sont de plus en plus vulnérables.

Dans l’ensemble, les propos de Karl ont dressé un tableau des défis et des réponses novatrices qui façonnent le journalisme indépendant aujourd’hui, en mettant l’accent sur la résilience, l’engagement des lecteurs et la quête de la liberté des médias à une époque dominée par les monopoles numériques et les pressions politiques.

Intervention de Renate Schroeder, directrice de la Fédération européenne des journalistes

Renate Schroeder, directrice de la Fédération européenne des journalistes (FEJ), qui représente les syndicats et associations de journalistes à travers l’Europe, a ouvert son intervention en soulignant les défis majeurs auxquels la liberté de la presse est confrontée aujourd’hui. S’exprimant après avoir récemment participé à une réunion d’un groupe de travail du Parlement européen sur la loi européenne sur la liberté des médias, Mme Schroeder a insisté sur le fait que les journalistes sont de plus en plus souvent pris pour cible simplement parce qu’ils font leur travail. Ces attaques sont multiformes et vont de la censure et de l’intimidation aux pressions politiques et aux violences physiques.

Schroeder a souligné l’importance de la solidarité envers les journalistes et les professionnels des médias qui font face à des menaces en période de troubles sociaux et politiques en Europe et ailleurs. Le journalisme d’intérêt public demeure essentiel, mais il subit une pression sans précédent dans un écosystème informationnel de plus en plus toxique, dominé par la désinformation et le sensationnalisme, qui occultent souvent les faits.

Schroeder a salué les récentes initiatives de l’UE, telles que la loi européenne sur la liberté des médias, la loi sur les services numériques et la législation anti-SLAPP, comme des avancées significatives pour la protection des journalistes. Elle a toutefois mis en garde contre le risque de sacrifier la défense des valeurs démocratiques au profit de considérations sécuritaires, soulignant qu’« il n’y a pas de sécurité sans liberté des médias ». Malgré ces cadres juridiques, Schroeder a averti que la volonté politique de défendre la liberté de la presse demeure fragile, notamment face à la montée de l’influence de l’extrême droite et à la polarisation politique.

Elle a souligné quatre défis majeurs qui fragilisent la résilience des médias européens : la polarisation politique, la désinformation, l’influence de l’extrême droite et la pression politique croissante visant à restreindre l’information indépendante sous prétexte de sécurité nationale. Les médias de service public sont confrontés à des coupes budgétaires et à une mainmise politique, ce qui menace leur capacité à assurer un journalisme impartial.

Schroeder a également souligné l’augmentation alarmante des attaques contre les journalistes – plus de 1 400 recensées l’an dernier – visant près de 2 500 personnes et médias. Ces attaques comprennent des agressions verbales, la censure et des violences physiques, souvent perpétrées aussi bien par des particuliers que par des entités gouvernementales. Le harcèlement en ligne est fréquent et de nombreux agresseurs restent non identifiés, ce qui alimente un climat d’impunité. Lors de manifestations dans des pays comme l’Allemagne, la Géorgie, la Serbie et la Turquie, des violences importantes ont été commises contre les journalistes ; près de la moitié des agressions perpétrées pendant les manifestations sont des agressions physiques ayant entraîné des blessures.

La Fédération européenne des journalistes surveille activement ces attaques grâce à un projet de cartographie de la liberté des médias et apporte un soutien juridique et psychologique aux journalistes touchés. M. Schroeder a conclu en exhortant l’UE, les États membres et les pays candidats à prendre des mesures décisives pour défendre la liberté des médias, pierre angulaire de la société démocratique.

Perspectives de Lailuma Sadid sur la liberté de la presse et la lutte des femmes journalistes en Afghanistan :

« Le journalisme n’est pas un crime, et être une femme ne devrait jamais être une raison d’être prise pour cible ou réduite au silence. »

Lailuma Sadid a débuté son discours en exprimant sa gratitude pour l’opportunité qui lui était offerte de s’exprimer sur un sujet à la fois profondément personnel et d’une importance capitale : la situation désastreuse de la liberté de la presse en Afghanistan, et en particulier les défis extraordinaires auxquels sont confrontées les femmes journalistes sous le régime taliban.

Depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, l’Afghanistan est rapidement devenu l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes, et plus encore pour les femmes travaillant dans les médias. Autrefois une démocratie fragile dotée d’une presse dynamique, le paysage médiatique afghan a été systématiquement démantelé. Avant 2021, environ 400 médias étaient actifs dans tout le pays, employant près de 12 000 professionnels des médias. Depuis la prise de pouvoir des talibans, plus de 250 médias ont fermé leurs portes et environ 8 500 journalistes ont perdu leur emploi. Nombre d’entre eux ont été contraints de fuir, de se reconvertir ou de se cacher face à l’escalade des menaces.

Les femmes représentent environ 85 % des personnes les plus durement touchées. Lailuma a souligné que l’Afghanistan occupe désormais la 178e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, ce qui témoigne d’une quasi-absence de liberté de la presse. Pour les femmes journalistes, cette répression n’est pas une simple censure : c’est une véritable effacement. Celles qui, autrefois, prenaient courageusement la parole et rendaient compte de sujets essentiels, notamment les droits des femmes, sont aujourd’hui confrontées au harcèlement, aux violences, à l’emprisonnement, aux mariages forcés, à l’exil et à des menaces constantes, simplement parce qu’elles font leur travail.

Elle a décrit les restrictions alarmantes imposées aux femmes dans les médias : elles n’ont pas le droit d’apparaître à la télévision, leurs voix sont censurées et les talibans ont même interdit la diffusion d’images humaines à la télévision. Compte tenu du taux d’analphabétisme élevé du pays, ces interdictions des médias audiovisuels réduisent au silence des millions de personnes qui dépendent de la télévision pour s’informer.

Malgré ces défis considérables, Lailuma a souligné que de courageuses journalistes continuent de résister, travaillant souvent clandestinement en Afghanistan ou depuis l’exil. Elles utilisent toutes les plateformes disponibles pour révéler au monde la vérité sur la situation dans leur pays. Elle a toutefois déploré le manque d’attention et d’action internationales adéquates. Des organisations telles que les Nations Unies et l’Union européenne, même dans les pays où vivent et travaillent les journalistes exilés, n’ont généralement pas su réagir efficacement. Cette négligence donne à de nombreux journalistes le sentiment d’être invisibles, ignorés et sans soutien.

Lailuma a pris la parole avec passion pour donner une voix à ceux qui ne peuvent plus s’exprimer librement : ses collègues réduits au silence, détenus ou contraints à l’exil. Elle a lancé un appel à la solidarité internationale, soulignant que le soutien aux journalistes en danger n’est pas un luxe, mais une question de survie. Il est urgent de mettre en place des voies d’accès sûres pour les journalistes fuyant les persécutions et d’apporter un soutien continu aux professionnels des médias exilés qui poursuivent leur travail à l’étranger.

Forte de sa propre expérience – dix-huit ans dans les médias afghans et les difficultés persistantes à trouver du travail journalistique en exil malgré ses qualifications –, Lailuma a exhorté les organisations à renforcer leurs efforts de soutien aux journalistes déplacés. Elle a expliqué comment, malgré un travail majoritairement non rémunéré, elle et ses collègues continuent de préserver leur identité journalistique et leur engagement envers la vérité, refusant d’être réduits au silence ou oubliés.

En conclusion, Lailuma a affirmé un message fort : le journalisme n’est pas un crime et être une femme ne devrait jamais justifier d’être prise pour cible ou réduite au silence. Elle a appelé à un renforcement des efforts internationaux pour protéger la liberté de la presse et amplifier la voix courageuse des femmes journalistes en Afghanistan.

Abdullah Bozkurt – Journaliste d’investigation et fondateur de Nordic Monitor

Abdullah Bozkurt a commencé par raconter son expérience au sein de Zaman, qui fut jadis le plus grand quotidien national turc. Lorsque le journal a publié une importante enquête pour corruption impliquant des membres de la famille du Premier ministre de l’époque, Erdoğan, le gouvernement a réagi avec virulence. Erdoğan a alors adopté des tactiques similaires à celles employées aujourd’hui dans d’autres pays : qualifier les médias critiques de « fausses informations », faire pression sur les annonceurs et tenter d’asphyxier financièrement le journal.

Malgré la baisse des recettes publicitaires, le nombre d’abonnés de Zaman augmenta, atteignant 1,2 million. Ce soutien populaire exaspéra Erdoğan, qui inventa alors une affaire judiciaire et, deux ans plus tard, prit le contrôle du journal. Les lecteurs, cependant, réagirent immédiatement en retirant leur soutien. En une semaine, le nombre d’abonnés payants disparut. Le gouvernement ordonna ensuite la fermeture définitive du journal.

Ce n’était que le début. En 2016, suite à une tentative de coup d’État manquée, le gouvernement a profité de la situation pour fermer près de 200 médias en une seule journée et arrêter des centaines de journalistes. Bozkurt fut parmi les nombreuses personnes qui ont fui le pays, trouvant finalement refuge en Suède, pays où la liberté de la presse est solidement et historiquement protégée.

Bozkurt a souligné combien peu de journalistes exilés parviennent à poursuivre leur travail. Nombre d’entre eux sont confrontés à des difficultés financières, à un harcèlement constant et à des menaces crédibles contre leur sécurité. De ce fait, beaucoup sont contraints d’abandonner définitivement le journalisme. Il a insisté sur l’importance du soutien – non seulement financier, mais aussi moral – d’organisations professionnelles telles que le CPJ, l’EFJ et les syndicats nationaux de journalistes.

Il a raconté avoir été agressé devant son domicile en Suède il y a quatre ans, suite à ses reportages critiques sur le gouvernement turc. Dans ce moment de doute et de peur, la solidarité publique manifestée par le Syndicat des journalistes suédois, la Fédération européenne des journalistes et le Conseil de l’Europe lui a été d’un soutien inestimable. Elle lui a rappelé l’importance de son travail et qu’il n’était pas seul.

Il a également souligné jusqu’où les gouvernements autoritaires sont prêts à aller pour faire taire les voix critiques. La Turquie a tenté à plusieurs reprises de fermer la plateforme d’alerte aux médias du Conseil de l’Europe, ce qui démontre l’importance de telles plateformes. Bozkurt a noté que le gouvernement turc surveille de près les déclarations et les actions des organisations internationales de défense de la liberté de la presse.

Désormais en exil, il poursuit son travail de plaidoyer et de journalisme au sein de deux organisations qu’il a fondées en Suède : le Stockholm Center for Freedom, un groupe de défense des droits, et Nordic Monitor, une plateforme de journalisme d’investigation. Lors des négociations d’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN, le gouvernement Erdoğan a exigé la fermeture de Nordic Monitor par la Suède, ce que cette dernière a refusé.

Enfin, Bozkurt a mis en garde contre le détournement par les régimes autocratiques de mécanismes internationaux tels qu’Interpol, l’entraide judiciaire et les traités d’extradition pour cibler les journalistes en exil. Ces outils, destinés à la coopération en matière pénale, sont instrumentalisés pour faire taire la dissidence.

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