Le Conseil pour la santé et la sécurité au travail des travailleurs (İSİG Meclisi) a rapporté le 7 octobre qu’au moins 226 travailleurs ont été tués au travail en Turquie au mois de septembre, portant le total pour les neuf premiers mois de 2026 à au moins 1 736.
Les chiffres mensuels s’élèvent à 155 en janvier, 129 en février, 151 en mars, 190 en avril, 214 en mai, 228 en juin, 216 en juillet, 227 en août et 226 en septembre. L’İSİG indique que c’est la première fois depuis le début de la tenue de ses registres en 2013 que plus de 200 décès sont enregistrés au cours de cinq mois consécutifs.
Ces chiffres constituent des minima plutôt que des totaux définitifs. Les rapports mensuels antérieurs de l’İSİG donnaient d’ailleurs des nombres inférieurs pour ces mêmes mois — le mois de janvier avait été initialement publié à au moins 146 décès avant de passer à 155 — car les morts sont ajoutées au fur et à mesure qu’elles sont confirmées. Le bilan des neuf mois sera donc amené à être revu à la hausse.
En septembre, 79 des victimes travaillaient dans l’industrie, 54 dans le bâtiment et les travaux publics (BTP), 48 dans les services et 45 dans l’agriculture. Les principales causes enregistrées sont les accidents de la circulation et de véhicules de transport du personnel (49), les chutes de hauteur (41), ainsi que les écrasements et effondrements (40). Les décès se sont produits dans 62 des 81 provinces de Turquie ainsi que dans six pays étrangers. Istanbul en comptabilise à elle seule 39.

Huit des personnes tuées en septembre étaient des enfants. Cinq d’entre elles avaient quatorze ans ou moins. Au moins 66 enfants sont morts au travail en Turquie cette année. L’İSİG attribue une partie de ces décès au MESEM, le programme national de centres de formation professionnelle, qu’il décrit comme un canal légal d’exploitation du travail des enfants, et soutient que le problème réside dans le modèle lui-même plutôt que dans la seule faiblesse des contrôles.
Vingt-et-une des victimes décédées au cours du mois de septembre étaient des femmes. L’İSİG note que les chiffres officiels de l’Institution de sécurité sociale établissent la part des femmes à environ 2 % des décès au travail, tandis que son propre décompte estime leur proportion réelle à trois ou quatre fois plus élevée, la différence s’expliquant principalement par le travail agricole non déclaré. Quatorze étaient des travailleurs migrants : cinq Syriens, trois Azerbaïdjanais, deux Turkmènes, ainsi qu’un ressortissant de Bulgarie, d’Irak, de Russie et d’Ukraine.
Sept des 226 victimes étaient membres d’un syndicat. Deux cent dix-neuf ne l’étaient pas.
Cinq autres travailleurs sont morts dans l’effondrement de la mine d’İmbat Madencilik à Soma le 2 octobre. Ils figureront dans le décompte du mois prochain. Parmi les jeunes qui ont défilé à Istanbul pour leur rendre hommage, quinze ont été arrêtés.
Un taux de mortalité au travail qui se maintient au-dessus de 200 personnes par mois depuis le mois de mai n’est pas une série d’accidents. C’est le mode de fonctionnement d’un marché du travail.
Sources
1- İSİG Meclisi (@isigmeclisi) on X, 7 October 2026: https://x.com/isigmeclisi/status/2107762137586438270
2- İSİG Meclisi, work-related death reports: https://www.isigmeclisi.org/is-cinayetleri-raporlari