Droits de L'homme en Turquie

Un humoriste turc condamné pour injure au président et dénigrement des valeurs religieuses, libéré après 88 jours de détention

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Le 14ᵉ tribunal correctionnel d’Istanbul a condamné l’humoriste Deniz Göktaş, âgé de 32 ans, le 28 septembre 2026 et a ordonné sa libération assortie au jugement. Il aura passé 88 jours en détention. En raison de la capacité limitée de la salle d’audience, l’audience s’est tenue dans les locaux de la 4ᵉ cour d’assises d’Istanbul au palais de justice de Çağlayan, devant le même juge et le même procureur.

Il a été condamné à 11 mois et 20 jours de prison pour injure au président et à 7 mois et 15 jours pour dénigrement des valeurs religieuses d’une partie de la population, soit une peine totale de 1 an, 7 mois et 5 jours. Il a été acquitté du chef d’apologie du crime et des criminels. Le tribunal lui a imposé une interdiction de quitter le territoire. La décision finale prendra effet auprès de la cour d’appel.

L’acte d’accusation, préparé par le Bureau d’enquête sur les infractions de presse du parquet général d’Istanbul, l’accusait d’incitation publique à la haine et à l’inimitié. Le tribunal a estimé que les éléments constitutifs de cette infraction n’étaient pas caractérisés et a requalifié les faits en dénigrement des valeurs religieuses. Les procureurs avaient requis jusqu’à douze ans de prison.

Lors de l’audience, le procureur a demandé dans son réquisitoire définitif à la fois sa condamnation et sa libération.

L’affaire concerne son spectacle de stand-up intitulé « Ölü Deniz », visionné plus de 15 millions de fois sur YouTube et largement diffusé sur d’autres plateformes. Les procureurs ont en particulier ciblé une réplique dans laquelle il qualifiait le président de dictateur timide. D. Göktaş a déclaré au tribunal que le mot dictateur n’est pas une injure mais une qualification politique, et que ses propos relevaient de l’humour et de la satire.

Pour sa défense, il a expliqué que trois phrases de son spectacle avaient d’abord été traitées comme un dénigrement des valeurs religieuses, puis retenues comme fondement de sa détention sous l’accusation d’incitation à la haine et à l’inimitié, et que l’élément de preuve avancé pour l’incitation reposait sur 185 signalements déposés sur le portail de communication de la présidence (CİMER). Il a précisé que le jour où le spectacle a atteint les quatre millions de vues, il n’y avait eu qu’un seul signalement.

Il a affirmé être revenu en Turquie de son propre chef après avoir appris qu’un mandat avait été émis contre lui, et qu’au lieu de supprimer la vidéo du spectacle, il l’avait partagée depuis ses propres comptes. Il a été interpellé à l’aéroport d’Istanbul au début du mois de juillet lors de son retour de vacances, puis incarcéré à la prison de haute sécurité de Çorlu Karatepe. Il a précisé que 66 de ses jours de garde à vue et détention s’étaient déroulés dans une cellule individuelle, et que son seul contact avec le monde extérieur consistait en un appel téléphonique par semaine.

Il a lancé au tribunal qu’on lui avait pris trois mois de sa vie, ajoutant qu’il avait arrêté de fumer et qu’il allait ainsi récupérer ces trois mois. Cette remarque a suscité rires et applaudissements dans la salle.

Des sympathisants se sont rassemblés devant le palais de justice de Çağlayan durant l’audience. Il a été libéré le soir même et accueilli par sa famille.

S’adressant ensuite aux journalistes, D. Göktaş a rappelé qu’il y avait des milliers d’autres personnes dans les prisons à travers la Turquie, certaines en détention provisoire comme lui et d’autres condamnées en raison de leurs opinions, formant le vœu qu’un jour tout le monde puisse retrouver la liberté ensemble.

Un tribunal a ainsi conclu que la prestation d’un humoriste n’incitait pas à la haine, après l’avoir maintenu en détention pendant 88 jours sur cette base, avant de le condamner sous une qualification pour laquelle les mêmes informations avaient déjà été examinées.

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