Table ronde sur le problème ouïghour : des origines de la crise aux conséquences pour la diaspora
Le mercredi 4 décembre 2019, Fedactio, Plateforme de dialogue interculturel, et Solidarity with OTHERS ont eu le plaisir d’accueillir la professeure Vanessa Frangville, sinologue et chercheuse à l’Université libre de Bruxelles (ULB), pour une table ronde sur la question ouïghoure.
L’événement a débuté par une présentation de Mme Frangville sur les origines du conflit, qui suscite une attention croissante à travers le monde, notamment suite aux révélations concernant l’internement massif d’Ouïghours dans des camps de concentration et les allégations de torture et de mauvais traitements systématiques infligés à cette minorité par le gouvernement chinois.
Mme Frangville a souligné que si la Chine abrite pas moins de 55 groupes minoritaires, la région du Xinjiang, habitée par les Ouïghours, constitue l’un des sujets les plus sensibles pour le gouvernement chinois. Riche en ressources naturelles, elle occupe une position stratégique cruciale, traversée par trois des principales routes commerciales de l’initiative « la Ceinture et la Route » (BRI), lancée par le président chinois Xi Jinping.
De plus, la région a été conquise par la force et non, comme le suggère le discours officiel du gouvernement chinois, « naturellement assimilée au sein de la sphère culturelle chinoise ».
Par conséquent, la préservation de cette région fragile au regard de l’intégrité territoriale de la Chine est devenue un enjeu majeur pour Pékin, ce qui a conduit le gouvernement à conceptualiser la notion de « menaces internes », selon Mme Frangville.
Pour maîtriser le problème, les autorités chinoises ont envisagé d’utiliser la croissance économique comme outil d’intégration des minorités ethniques. C’est le principe qui a motivé la création des « Bingtuan », le Corps de production et de construction du Xinjiang, qui a permis l’arrivée de millions de Chinois Han dans la région grâce à la création de nouvelles villes et agglomérations.
Outre ses efforts pour modifier la démographie de la région, Pékin a également intensifié sa surveillance des Ouïghours par divers moyens, tels que des contrôles d’identité, la collecte de données personnelles via des applications pour smartphones et même une collecte massive d’échantillons d’ADN.
« L’objectif de la surveillance accrue des Ouïghours est d’identifier les individus potentiellement subversifs », explique Mme Frangville, ajoutant que les documents divulgués révèlent une « pathologisation » choquante de l’islam comme religion prédominante au sein de ce groupe.
Le Projet de défense des droits humains des Ouïghours a recensé 48 motifs considérés comme des signaux d’alarme pouvant mener à l’internement dans des camps de concentration. De forts soupçons pèsent sur le recours au travail forcé. Le gouvernement a également mis en place un programme controversé, « Devenir une famille », qui consiste pour des personnes Han à vivre « volontairement » avec les Ouïghours.
Mme Frangville souligne également que, malgré un nombre considérable de témoignages anonymes concernant le traitement des Ouïghours, très peu osent s’exprimer ouvertement sur le sujet en raison d’un climat de peur profondément ancré au sein de la diaspora, notamment parmi ceux qui s’inquiètent encore pour leurs proches restés en Chine.
De ce fait, le militantisme en faveur des droits de l’homme parmi les Ouïghours vivant hors de Chine est resté limité et plutôt individuel qu’institutionnel.